Commander : l’analyse des récents tournois
Bonjour, et bienvenue à nouveau dans cette rubrique dédiée au format Commander en un contre un (deux joueurs). Nous y analysons le format dans ce qui le rend spécifique pour prendre du recul et avoir un regard d’ensemble. Vous y trouverez des conseils pour construire un deck de Commander, des reports de tournois de Commander, des analyses de decks, des idées de cartes à incorporer, des stratégies à développer, des réflexions plus globales sur le format.
Cette rubrique sera amenée à évoluer au fil des suggestions que vous pourrez faire, je vous invite à ce sujet à me contacter par MP (pseudo : Vhailor).
Aujourd’hui, nous allons nous intéresser à l’aspect compétitif du jeu et notamment à un archétype très populaire : Doran. Mais avant cela, faisons le point sur l’état du metagame.
Nous avons récemment connu de nombreux tournois dans le format Commander. Un à Tournai, en Belgique, puis un à Lille, puis un à Rouen et enfin celui de la coupe de France Legacy du 11 novembre, pour ne citer que les plus récents. L’étude de ces récents tournois permet de dresser un petit état de l’évolution du metagame. Ensuite, nous nous intéresserons de plus près à deux archétypes qui ont fait d’excellents scores (un sera traité aujourd’hui, l’autre dans le prochain article), et dont il est nécessaire de tenir compte lorsque l’on construit un deck de Commander.
Le metagame aujourd’hui
Le metagame évolue relativement rapidement depuis quelques mois. Alors qu’il y a deux ou trois ans, les decks comme Zur, Arcum Dagsson et Clique Vendilion étaient des valeurs stables, l’arrivée d’Edric a chamboulé l’ordre établi, forçant la créativité des deckbuilders pour s’adapter à ces contraintes, et redonnant un peu d’intérêt au rouge, qui demeure néanmoins le parent pauvre du format.
Statistiques sur les quatre derniers tournois
Comme annoncé en préambule, quatre tournois de plus de 40 joueurs ont eu lieu très récemment. C’est l’occasion de faire le point sur ce qui a été joué. Le tableau suivant comprend les statistiques de ces tournois. On y trouve les commandants utilisés, classés du plus fréquent aux plus anecdotiques. La colonne « top 8 » recense le nombre de fois où l’on a trouvé ces decks en top 8, et « Victoire » pour les decks qui ont gagné.
Note importante, les commandants qui n’étaient présents qu’en un seul exemplaire au tournoi de Rouen ne figurent pas dans la liste, l’organisateur n’ayant pu me communiquer ces données.

Première remarque, le top 3 se démarque largement du reste des decks présents. Edric, Rafiq et Doran sont très joués et restent des valeurs sûres quant à ce que l’on peut raisonnablement envisager d’affronter en tournoi. On voit le succès en France des archétypes aggro-contrôle, mode de jeu toujours aussi populaire qui mise beaucoup sur le tempo pour placer l’adversaire dans une position de réaction et non d’initiative.
  
On notera également que si Grand Arbitre Augustin est moins représenté, il entre régulièrement dans les top8. Ce deck est en effet caractérisé par sa très grande régularité due au nombre élevé de piocheurs et de cartes purement fonctionnelles (un contresort est une carte fonctionnelle en ce que beaucoup de cartes dans le deck peuvent remplir le même rôle, ce qui lui donne sa régularité).
Également dans la même catégorie (top 8 fréquents), on note Jenara. Beaucoup de joueurs américains se sont étonnés, sur MTGsalvation, du succès de cet archétype par rapport à Rafiq qu’ils considèrent comme étant le même, mais en mieux. Jenara est un excellent choix dans un environnement rempli de decks Edric : une 3/3 vol qui sort au tour 2 peut poser de très gros problèmes à Edric. De plus, par rapport à Rafiq, le deck Jenara repose nettement moins sur son commandant pour gagner, ce qui le rend moins fragile. Le taux de top 8 de Rafiq (6 %) par rapport à celui de Jenara (50 %) montre bien que le choix était judicieux et payant.
 
Assez populaires, Karador et Animar montrent un regain des jeux combo qui avaient relativement disparu depuis un moment, chassés par la dominance de Clique Vendilion il y a trois ans. Ceci dit, Karador n’est pas nécessairement en soi un jeu combo, il est aussi joué sur un mode « rock » et/ou « réanimator », tout dépend du build.
On notera que les decks Clique et Wydwen sont moins populaires qu’au Championnat de France de La Rochelle de cet été. Est-ce la rapidité d’Edric qui est si gênante ? Quoi qu’il en soit, Wydwen a définitivement supplanté Clique en tant qu’archétype de jeu bleu permissif par excellence.
 
Geist of Saint Traft commence à pointer le bout de son nez. En France, il est joué principalement dans sa version « tempo » alors que des versions « aggro pur » se profilent outre-Atlantique.
Ezuri demeure un choix solide pour le mono-vert Elfes, sa deuxième capacité permettant des attaques létales plutôt fréquentes qui ne pardonnent pas les départs mous en face. Avec deux top 8 sur quatre decks Ezuri, on peut dire que l’archétype, bien que loin du tiers 1, reste régulier et compétitif.

Les mono-blancs Isamaru et Huit-Queues-et-Demie sont assez populaires dans l’Ouest mais sont assez peu présentes dans les autres régions.
Enfin, on notera que Zur rencontre encore du succès, notamment au tournoi du 11 novembre, où il était représenté en six exemplaires, mais là-bas aucun d’entre eux n’a fait top 8, seul celui de Lille a sauvé l’honneur. On peut cependant se demander quel est l’avenir de cet archétype autrefois si populaire.
Doran, the Siege Tower

Voici le deck Doran d’Alexandre Villot. Cela fait un long moment qu’Alexandre pilote ce deck, et avec un certain succès puisqu’il gagne notamment le tournoi de Lille du 30 octobre et qu’il était arrivé en finale du tournoi de Tournai du 16 octobre dernier.
Il joue une version plus lente que les Doran aggro classiques, mais son deck a la formidable capacité à retourner tout type de situation grâce à d’excellents gamebreakers et, de fait, de bien tenir les match-ups contrôle.
La liste du deck
Commandant :
Doran, the Siege Tower
Terrains (39) :
Bloodstained Mire
Windswept Heath
Polluted Delta
Wooded Foothills
Arid Mesa
Flooded Strand
Misty Rainforest
Verdant Catacombs
Marsh Flats
Overgrown Tomb
Godless Shrine
Temple Garden
Scrubland
Bayou
Savannah
Fetid Heath
Wooded Bastion
Twilight Mire
Caves of Koilos
Brushland
Horizon Canopy
Stirring Wildwood
Sunpetal Grove
Isolated Chapel
Gilt-Leaf Palace
Command Tower
City of Brass
Urborg, Tomb of Yawgmoth
Flagstones of Trokair
Pendelhaven
Cabal Pit
Wasteland
Ancient Tomb
Homeward Path
Gemstone Cavern
Rishadan Port
Snow-Covered Forest
Forest
Swamp
Accélération (8) :
Fyndhorn Elves
Llanowar Elves
Boreal Druid
Avacyn’s Pilgrim
Elves of Deep Shadow
Arbor Elf
Birds of Paradise
Lotus Cobra
Menaces (5) :
Mayor of Avabruck
Knight of the Reliquary
Umezawa’s Jitte
Sword of Feast and Famine
Bitterblossom
Utilitaire (16) :
Nature’s Claim
Qasali Pridemage
Harmonic Sliver
Entomb
Bloodghast
Animate Dead
Reveillark
Karmic Guide
Eternal Witness
Skullclamp
Mask of Memory
Sylvan Library
Phyrexian Arena
Skeletal Scrying
Dark Confidant
Ohran Viper
Tutors (8) :
Fauna Shaman
Survival of the Fittest
Eladamri’s Call
Green Sun’s Zenith
Enlightened Tutor
Stoneforge Mystic
Demonic Tutor
Tainted Pact
Removals (10) :
Pernicious Deed
Snuff Out
Swords to Plowshares
Dismember
Beast Within
Maelstrom Pulse
Vindicate
Liliana of the Veil
Skinrender
Shriekmaw
Disruption (5) :
Thoughtseize
Inquisition of Kozilek
Duress
Tidehollow Sculler
Braids, Cabal Minion
Gamebreakers (8) :
Elspeth, Knight-Errant
Garruk Wildspeaker
Gideon Jura
Natural Order
Birthing Pod
Primeval Titan
Sun Titan
Terastodon
Ici, le nombre de menaces classiques s’est réduit au profit des gamebreakers et des cartes utilitaires. Même Tarmogoyf n’a pas passé le cut, et Mayor of Avabruck ne devrait plus revenir au casting.
Si l’adversaire baisse sa garde, la partie peut se jouer au tour 3, avec notamment :
- Natural Order,
- Birthing Pod,
- Braids, Cabal Minion.
  
Avec des cartes lourdes comme Reveillark, Karmic Guide et Sun Titan, le deck a la capacité de revenir face à des board sweepers, vague après vague. Et contre les decks aggro, notamment en mirror, il peut faire du trade de créatures jusqu’à finir par prendre l’avantage quand la partie tourne à l’attrition.
Cette curve plus lourde justifie le choix de 38 terrains plus 8 accélérateurs, ce qui amène à 46 cartes du deck dédiées à la production de mana.
Bloodghast apporte quelques synergies sympathiques avec Braids, Cabal Minion et Skullclamp. Animate Dead peut rapporter un Terastodon fraîchement défaussé à Survival of the Fittest ou Fauna Shaman, et Animate Dead revient elle-même sur Sun Titan, ce qui reste appréciable. Pour autant, le deck n’est pas basé sur la récursion et s’en sort encore bien face à Nihil Spellbomb.
Gideon Jura peut passer pour un choix étrange vu le format, mais avec la recrudescence de decks Edric cet arpenteur peut sauver la mise.
Au niveau des removals, rien que du classique. Alexandre a fait le choix de ne pas jouer Snuff Out, carte qui améliore grandement le match-up Edric mais ne tue ni Zur, ni Doran, ni Wydwen.
Le deck contient une très grande variété de « tuteurs », ce qui le rend facilement réactif à tout type de problème. Ces tuteurs, couplés aux gamebreakers, assurent que la fin de partie verra apparaître des menaces assez constantes et assez puissantes, avec une certaine régularité.
Quelques questions à Alexandre Villot
Q : Ta version de Doran semble un peu moins rapide que les Doran aggro classiques, mais semble mieux résister aux removals. Penses-tu avoir fait le bon choix ?
R : Pour avoir testé plusieurs Doran (aggro, combo, casse-lands), cette façon de jouer Doran me semble la meilleure. À mon sens, Doran aggro est trop fragile par rapport à plusieurs points :
- les board sweepers souvent joués dans les mauvais jeux,
- les cartes à 5-6 manas qui ont un gros impact sur le board (titans, Treachery, arpenteurs...)
- les decks combos basés sur les synergies.
Contre ma version de Doran, les removals sont moins forts à cause de la récursion présente dans le deck.
 
Q : Comment s’en sort ton deck contre les decks permissifs comme Wydwen ?
R : Il s’en sort plutôt bien. Même sans les bêtes aggro, le jeu a un léger avantage. Rien que Doran en lui-même brise le plan en 7 phases d’attaque de Clique. Contre Wydwen, je pense que c’est 45/55, mais cela fait une éternité que je n’en ai pas affronté un digne de ce nom. Contre Grand Arbitre Augustin IV, c’est du 50/50, un des match-ups les plus difficiles. Il y a quelques cartes qui nous arrachent complètement sur le coup, comme Tabernacle, voire Winter Orb.
 
Q : Quelles cartes sont difficiles à gérer pour toi ?
R : Le top 3 revient à :
- Humility, puisque ce sont essentiellement les bêtes qui gèrent tout dans mon deck.
- Tabernacle at the Pendrell Vale, un poil trop fort contre les jeux non contrôle à mon goût.
- Mana Tithe parce que je déteste profondément cette carte !
 
Q : Quels sont tes bons et tes mauvais match-ups ?
R : Mes bons match-ups :
- Tous les mauvais jeux.
- Le mirror de Doran.
- Les jeux non bleus.
Le mauvais match-up est Jhoira, où je ne peux rien faire sur reset + gamebreaker. Tout le reste est assez équilibré et tourne autour du 50/50.


Q : Après les récents tournois, qu’est-ce que tu changerais à ton deck ?
R : J’enlèverais juste Mayor of Avabruck. Je garde toujours un slot ou deux pour tester les cartes. Avec la dernière extension j’ai essayé Garruk, Liliana et le maire, mais seule Liliana of the Veil apporte vraiment quelque chose au final.

Ça a l'air mal barré pour ma réélection dans ce pack...
Q : Quelles sont les cartes que tu joues dans le deck, qui sortent de l’ordinaire et que l’on ne s’attend pas à trouver dans un deck Doran ? Pourquoi les jouer ?
R : La carte qui surprend le plus est Homeward Path. J’entends souvent des commentaires comme quoi je suis chanceux de la tirer ou que ce n’est pas bien contre les jeux non bleus. Mais j’ai suffisamment de moyens de la tutoriser et elle m’a déjà fait gagner suffisamment de parties pour mériter son slot.
Ensuite, il y a Braids, Cabal Minion. Elle est sûrement ma carte préférée en main de départ. C’est un kill facilement récursif depuis le cimetière, j’en ai laissé plus d’un avec zéro permanent sur table.
Je joue aussi Gemstone Cavern, aussi bien pour le fun que pour son utilité : un Birds of Paradise de plus quand on ne commence pas, ça aide. Mon quart de finale a d’ailleurs commencé sur Bitterblossom tour 1 grâce à la caverne.
Rishadan Port aide beaucoup contre les jeux à base de counterspells.
Enfin, Terastodon, rien que pour voir mes adversaires pâlir quand je tape mes huit gros manas ça vaut le coup. Sinon ça reste une des cartes qui me font gagner régulièrement contre les jeux bleus surreprésentés.
   
C’est tout pour aujourd’hui. La prochaine fois, nous verrons le deck Edric de Hakim Mezhoud, vainqueur du tournoi du 16 octobre à Tournai et habitué des top 8. Ce sera l’occasion de faire le point sur l’archétype aggro-contrôle, qui semble être le plus populaire dans le format. Peut-être reviendrons-nous également sur les decks Jenara qui sont en train de supplanter Rafiq. D’ici là, bossez bien vos playtestings !
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